Un petit rat gris court sur le nez d'un grand lion endormi à l'ombre d'un arbre Le lion tient le petit rat dans sa patte et rit à gorge déployée Avec ses petites dents, le petit rat ronge la grosse corde qui retient le lion

Le Lion et le Rat

Sur le nez du lion · lu par Hélène
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Un lion puissant éclate de rire quand un tout petit rat lui promet de l'aider un jour. La fable d'Ésope qui montre que même les plus petits peuvent faire beaucoup de bien, librement racontée d'après l'original grec ancien, suivie de la fable en vers de Jean de La Fontaine.

Ésope et La Fontaine · 5 min · lu par Hélène

Le Lion et le Rat : le texte de l'histoire

Ésope (sixième siècle avant Jésus-Christ). Librement raconté d'après l'original grec ancien. Fable en vers de Jean de La Fontaine (1668).

Au milieu de la vaste savane, un lion dormait à l'ombre d'un grand arbre. Il était puissant et fort, avec une crinière dorée qui lui tombait sur les épaules, et tous les animaux avaient peur de lui. Cet après-midi-là, il faisait chaud et tout était calme, et le lion ronflait si fort que l'herbe en tremblait autour de lui.

C'est alors qu'un petit rat gris passa par là en courant. Il était pressé de rentrer chez lui et ne regardait pas où il allait. Il se faufila par-dessus la queue du lion, lui grimpa sur le dos et finit par lui courir sur le bout du nez. Le lion éternua, ouvrit les yeux, se dressa d'un bond et attrapa le petit rat d'un coup de patte, rapide comme l'éclair. « Qui ose déranger le roi des animaux ? » rugit-il, si fort que le petit rat trembla de la queue jusqu'aux moustaches. Le lion ouvrit grand la gueule et s'apprêta à le dévorer.

« S'il vous plaît, s'il vous plaît, monsieur le lion, couina le petit rat, laissez-moi partir ! Je ne l'ai pas fait exprès, vraiment. Si vous me laissez la vie sauve, je vous le revaudrai un jour, et moi aussi, je vous aiderai. » Le lion le regarda, tout étonné, puis il éclata d'un grand rire. « Toi ? M'aider, moi ? Un si petit rat, à peine une bouchée pour moi ? » Il riait tant que les larmes lui en venaient aux yeux. « Bon, d'accord, dit-il, tu m'as mis de bonne humeur. Va-t'en. » Il leva la patte, et le petit rat fila dans l'herbe.

Quelques jours passèrent. Un matin, des chasseurs arrivèrent dans la savane et tendirent en cachette un grand filet de grosses cordes. Le lion suivait son chemin et ne se doutait de rien. Tout à coup, le filet se referma sur lui. Les chasseurs l'attachèrent à un arbre avec une grosse corde bien serrée, puis ils partirent chercher une charrette pour l'emmener.

Le lion se débattait dans tous les sens, mais plus il se démenait, plus la corde le serrait. Il se mit à gémir, si tristement et si fort qu'on l'entendait de très loin. Dans son trou sous les racines, le petit rat l'entendit gémir, lui aussi. Il le reconnut tout de suite. « C'est mon lion ! » s'écria-t-il, et il partit en courant aussi vite que ses petites pattes pouvaient le porter.

Quand il arriva près de lui, il vit que le lion était tout ficelé. « N'ayez pas peur, lui dit-il, maintenant, c'est moi qui vais vous aider. » Il s'attaqua à la grosse corde qui retenait le lion à l'arbre et se mit à la ronger avec ses petites dents pointues. Il rongea et rongea, fibre après fibre, tout autour de la corde, jusqu'à ce qu'elle cède. Puis il rongea les cordes du filet, une à une, jusqu'à ce que le lion soit de nouveau tout à fait libre.

Le lion se releva, se secoua et regarda le petit rat avec étonnement. Le petit rat, lui, sourit. « Ce jour-là, vous vous êtes moqué de moi, parce que vous ne pensiez pas qu'un petit rat pourrait un jour vous rendre la pareille, dit-il. Mais maintenant, sachez-le bien : même chez les rats, on sait dire merci. » Le lion le caressa doucement du bout de la patte, et depuis ce jour-là, ils furent les meilleurs amis du monde.

Ne méprise jamais personne parce qu'il est petit. Car quand la chance tourne, même les plus puissants peuvent avoir besoin des plus petits.

Bien des siècles plus tard, en France, Jean de La Fontaine a raconté cette fable en vers. Écoute :

Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde :
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
De cette vérité deux fables feront foi,
Tant la chose en preuves abonde.

Entre les pattes d'un Lion
Un Rat sortit de terre assez à l'étourdie.
Le roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu'il était, et lui donna la vie.
Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu'un aurait-il jamais cru
Qu'un Lion d'un Rat eût affaire ?
Cependant il advint qu'au sortir des forêts
Ce Lion fut pris dans des rets,
Dont ses rugissements ne le purent défaire.
Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.

Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.