De petits lutins s'envolent vers le ciel en portant un grand miroir enchanté Kay et Gerda sont assis sur de petits tabourets sous les roses, entre les fenêtres des mansardes Près du poêle bien chaud, la grand-mère parle des abeilles blanches à Kay et Gerda, tandis qu'il neige dehors Kay regarde par le petit trou de la vitre, et dehors, sur la caisse de fleurs, se tient une fine dame de neige scintillante Kay montre à Gerda des flocons de neige qui ressemblent à des étoiles dans la grande loupe La Reine des neiges se lève dans son grand traîneau blanc, auquel est accrochée la petite luge de Kay

La Reine des neiges, première partie

Le miroir du troll · lu par Hélène
0:00−15:45

La première partie du grand conte d'Andersen : un troll brise son miroir magique, et un minuscule éclat change le petit Kay, qui joue avec Gerda dans le jardin de roses sur le toit, jusqu'au jour d'hiver où arrive un grand traîneau blanc. Traduit de l'original danois.

Hans Christian Andersen · 16 min · lu par Hélène

La Reine des neiges : toutes les parties

  1. Partie 1 · 16 min

D'autres parties arrivent bientôt.

La Reine des neiges, première partie : le texte de l'histoire

Hans Christian Andersen (1844). Traduit de l'original danois « Sneedronningen ».

Première histoire, qui parle du miroir et de ses éclats.

Voilà ! Nous commençons. Quand nous serons arrivés à la fin de l'histoire, nous en saurons plus que maintenant. Car il était une fois un méchant troll, l'un des pires de tous : c'était le diable en personne ! Un jour, il était de très bonne humeur, car il avait fabriqué un miroir qui avait un étrange pouvoir : tout ce qui était bon et beau et s'y reflétait rétrécissait jusqu'à n'être presque plus rien, mais tout ce qui ne valait rien et avait vilaine allure ressortait bien plus et devenait encore pire. Les plus beaux paysages y ressemblaient à des épinards cuits, et les meilleures personnes y devenaient affreuses, ou bien se tenaient sur la tête, sans ventre. Les visages étaient si déformés qu'on ne pouvait plus les reconnaître, et si l'on avait une seule tache de rousseur, on pouvait être sûr qu'elle s'étalait sur tout le nez et toute la bouche. C'était terriblement drôle, disait le diable. Quand une bonne et douce pensée traversait l'esprit de quelqu'un, une grimace apparaissait dans le miroir, et le diable riait de sa savante invention.

Tous ceux qui allaient à l'école des trolls, car il tenait une école de trolls, racontaient partout qu'un miracle avait eu lieu : maintenant, disaient-ils, on pouvait enfin voir à quoi le monde et les hommes ressemblaient vraiment. Ils couraient partout avec le miroir, et à la fin il n'y eut plus un seul pays ni une seule personne qui n'y eût été déformée. Alors ils voulurent aussi s'envoler jusqu'au ciel, pour se moquer des anges et du bon Dieu. Plus ils montaient haut avec le miroir, plus il grimaçait fort, et ils avaient bien du mal à le tenir. Ils montèrent de plus en plus haut, de plus en plus près de Dieu et des anges. Alors le miroir trembla si terriblement dans sa grimace qu'il leur échappa des mains et tomba vers la terre, où il se brisa en cent millions, en milliards de morceaux, et plus encore.

Et c'est justement là qu'il fit bien plus de malheur qu'avant, car certains morceaux étaient à peine plus gros qu'un grain de sable. Ils s'envolèrent partout dans le vaste monde, et quand ils entraient dans les yeux des gens, ils y restaient, et ces gens voyaient alors tout de travers, ou ne voyaient plus que ce qui n'allait pas dans une chose, car chaque petit grain de miroir avait gardé le même pouvoir que le miroir tout entier. Certaines personnes reçurent même un petit éclat de miroir dans le cœur, et c'était alors vraiment terrible : ce cœur devenait comme un bloc de glace. Quelques morceaux étaient si grands qu'on en fit des vitres, mais à travers ces vitres-là, mieux valait ne pas regarder ses amis. D'autres morceaux finirent dans des lunettes, et cela tournait mal quand les gens mettaient ces lunettes pour bien voir et pour être justes. Le méchant riait à s'en faire éclater le ventre, tant cela le chatouillait délicieusement. Mais dehors, de petits éclats de verre volaient encore dans les airs. Écoutons maintenant la suite !

Deuxième histoire. Un petit garçon et une petite fille.

Dans la grande ville, où il y a tant de maisons et de gens qu'il n'y a pas assez de place pour que chacun ait un petit jardin, et où la plupart doivent donc se contenter de fleurs en pot, il y avait pourtant deux enfants pauvres qui avaient un jardin un peu plus grand qu'un pot de fleurs. Ils n'étaient pas frère et sœur, mais ils s'aimaient autant que s'ils l'avaient été. Leurs parents habitaient tout près les uns des autres, dans deux mansardes. Là où le toit d'une maison touchait celui de la maison voisine, et où la gouttière courait le long des toits, chaque maison avait une petite fenêtre qui donnait dessus. Il suffisait d'enjamber la gouttière pour passer d'une fenêtre à l'autre.

Les parents avaient chacun, dehors, une grande caisse en bois où poussaient les légumes dont ils se servaient pour la cuisine, et un petit rosier. Il y en avait un dans chaque caisse, et ils poussaient à merveille. Un jour, les parents eurent l'idée de poser les caisses en travers de la gouttière, si bien qu'elles allaient presque d'une fenêtre à l'autre et ressemblaient tout à fait à deux remparts de fleurs. Les tiges des pois retombaient par-dessus les caisses, et les rosiers lançaient de longues branches, s'enroulaient autour des fenêtres et se penchaient l'un vers l'autre : c'était presque comme un arc de triomphe de verdure et de fleurs. Comme les caisses étaient très hautes, et que les enfants savaient qu'ils ne devaient pas grimper dessus, on leur permettait souvent de sortir pour se retrouver, de s'asseoir sur leurs petits tabourets sous les roses, et là, ils jouaient merveilleusement bien.

En hiver, bien sûr, ce plaisir-là était fini. Les fenêtres étaient souvent toutes couvertes de givre, mais alors les enfants faisaient chauffer des sous de cuivre sur le poêle et posaient le sou brûlant contre la vitre gelée. Cela faisait un joli petit trou pour regarder dehors, bien rond, bien rond. Derrière, un œil doux et gentil guettait, un à chaque fenêtre : c'étaient le petit garçon et la petite fille. Il s'appelait Kay, et elle s'appelait Gerda. En été, ils pouvaient se rejoindre d'un seul bond. En hiver, il leur fallait d'abord descendre tous ces escaliers, puis remonter tous ces escaliers, et dehors, la neige tourbillonnait.

« Ce sont les abeilles blanches qui essaiment », dit la vieille grand-mère.

« Est-ce qu'elles ont une reine, elles aussi ? » demanda le petit garçon, car il savait que chez les vraies abeilles, il y en a une.

« Oui, elles en ont une ! » dit la grand-mère. « Elle vole là où l'essaim est le plus serré. C'est la plus grande de toutes, et jamais elle ne reste tranquille sur la terre : elle remonte vers le nuage noir. Bien des nuits d'hiver, elle vole à travers les rues de la ville et regarde par les fenêtres, et alors les vitres gèlent d'une si étrange façon, comme si des fleurs y poussaient. »

« Oui, ça, nous l'avons vu ! » dirent les deux enfants, et alors ils surent que c'était vrai.

« Est-ce que la Reine des neiges peut entrer ici ? » demanda la petite fille.

« Qu'elle vienne donc », dit le garçon. « Je la poserai sur le poêle bien chaud, et elle fondra. »

Mais la grand-mère lui caressa les cheveux et raconta d'autres histoires.

Le soir, quand le petit Kay fut rentré chez lui et à moitié déshabillé, il grimpa sur la chaise près de la fenêtre et regarda par le petit trou. Quelques flocons de neige tombaient dehors, et l'un d'eux, le plus gros de tous, resta posé sur le bord de l'une des caisses de fleurs. Le flocon grandit, grandit encore, et devint à la fin une dame tout entière, vêtue du plus fin voile blanc, qui semblait fait de millions de petits flocons en forme d'étoiles. Elle était si belle et si délicate, mais elle était de glace, de glace éblouissante et scintillante, et pourtant elle était vivante. Ses yeux brillaient comme deux étoiles claires, mais il n'y avait en eux ni calme ni repos. Elle fit un signe de tête vers la fenêtre et agita la main. Le petit garçon prit peur et sauta de sa chaise. Alors ce fut comme si un grand oiseau passait dehors, devant la fenêtre.

Le lendemain, il fit un beau froid sec, et puis le printemps arriva. Le soleil brilla, la verdure pointa, les hirondelles bâtirent leurs nids, on ouvrit les fenêtres, et les petits enfants s'assirent de nouveau dans leur petit jardin, tout là-haut dans la gouttière, au-dessus de tous les étages.

Cet été-là, les roses fleurirent plus belles que jamais. La petite fille avait appris un cantique où il était question de roses, et en pensant à ces roses-là, elle pensait aux siennes. Elle le chanta au petit garçon, et il le chanta avec elle :

« Dans la vallée fleurissent les roses, l'Enfant Jésus nous y dit de douces choses ! »

Et les petits se tenaient par la main, embrassaient les roses, regardaient le clair soleil du bon Dieu et lui parlaient comme si l'Enfant Jésus était là. Quels beaux jours d'été c'étaient ! Comme il faisait bon être dehors, près des rosiers frais qui semblaient ne jamais vouloir s'arrêter de fleurir !

Kay et Gerda étaient assis et regardaient le livre d'images plein d'animaux et d'oiseaux. Juste au moment où la grande horloge du clocher sonnait cinq heures, Kay s'écria : « Aïe ! Quelque chose m'a piqué au cœur ! Et maintenant, j'ai quelque chose dans l'œil ! »

La petite fille le prit par le cou, et il cligna des yeux. Non, on ne voyait rien du tout.

« Je crois que c'est parti ! » dit-il. Mais ce n'était pas parti. C'était justement l'un de ces grains de verre qui avaient sauté du miroir, le miroir du troll, vous vous en souvenez bien, cet affreux verre qui rendait petit et laid tout ce qui était grand et bon et s'y reflétait, tandis que le mal et la méchanceté y ressortaient bien, et que chaque défaut d'une chose se remarquait tout de suite. Le pauvre Kay en avait aussi reçu un grain droit dans le cœur. Bientôt, son cœur deviendrait comme un bloc de glace. Maintenant, cela ne lui faisait plus mal, mais le grain était là.

« Pourquoi pleures-tu ? » demanda-t-il. « Tu es laide, comme ça ! Je n'ai rien du tout, moi ! Pouah ! » s'écria-t-il tout à coup. « Cette rose-là est rongée par un ver ! Et regarde, celle-ci est toute de travers ! Au fond, ce sont de vilaines roses ! Elles ressemblent aux caisses où elles poussent ! » Et il donna un grand coup de pied dans la caisse et arracha les deux roses.

« Kay, qu'est-ce que tu fais ? » s'écria la petite fille. Et quand il vit sa frayeur, il arracha encore une rose, puis il rentra en courant par sa fenêtre, loin de la gentille petite Gerda.

Quand, plus tard, elle venait avec le livre d'images, il disait que c'était bon pour les bébés, et quand la grand-mère racontait des histoires, il avait toujours un « mais » à dire. Dès qu'il le pouvait, il marchait derrière elle, mettait des lunettes et parlait comme elle. Il l'imitait à la perfection, et les gens riaient de lui. Bientôt, il sut imiter la voix et la démarche de tout le monde dans la rue. Tout ce que les gens avaient de bizarre et de pas joli, Kay savait le singer, et alors les gens disaient : « Ce garçon-là a vraiment une tête bien faite ! » Mais c'était le verre qu'il avait reçu dans l'œil, le verre qui était dans son cœur. C'est pour cela qu'il taquinait même la petite Gerda, qui l'aimait de toute son âme.

Ses jeux étaient maintenant tout différents d'avant, ils étaient si sérieux. Un jour d'hiver où les flocons tourbillonnaient, il arriva avec une grande loupe, tendit le pan de son manteau bleu et laissa les flocons tomber dessus.

« Regarde dans la loupe, Gerda ! » dit-il. Chaque flocon y paraissait beaucoup plus grand et ressemblait à une fleur magnifique ou à une étoile à dix branches. C'était merveilleux à voir.

« Tu vois comme c'est bien fait ? » dit Kay. « C'est beaucoup plus intéressant que les vraies fleurs ! Et ils n'ont pas un seul défaut, ils sont parfaitement réguliers, pourvu seulement qu'ils ne fondent pas ! »

Peu après, Kay arriva avec de gros gants et sa luge sur le dos. Il cria droit dans les oreilles de Gerda : « J'ai le droit d'aller faire de la luge sur la grande place, là où jouent les autres ! » Et il partit.

Là-bas, sur la place, les garçons les plus hardis attachaient souvent leur luge à la charrette d'un paysan et se laissaient ainsi tirer un bon bout de chemin. C'était très amusant. Au beau milieu de leurs jeux arriva un grand traîneau. Il était peint tout en blanc, et quelqu'un était assis dedans, enveloppé dans une épaisse fourrure blanche, avec un bonnet blanc tout duveteux. Le traîneau fit deux fois le tour de la place, et Kay eut vite fait d'y attacher sa petite luge, et le voilà parti avec lui. Ils allaient de plus en plus vite, tout droit dans la rue suivante. La personne qui conduisait tourna la tête et fit à Kay un signe de tête si aimable, comme s'ils se connaissaient. Chaque fois que Kay voulait détacher sa petite luge, la personne lui refaisait un signe de tête, et Kay restait assis. Ils sortirent tout droit par la porte de la ville.

Alors la neige se mit à tomber si fort que le petit garçon ne voyait plus sa main devant lui, mais il filait toujours. Il lâcha vite la corde pour se libérer du grand traîneau, mais cela ne servit à rien : sa petite luge restait accrochée, et ils filaient à la vitesse du vent. Alors il cria très fort, mais personne ne l'entendit. La neige tourbillonnait et le traîneau volait, et de temps en temps, il faisait un bond, comme s'il passait par-dessus des fossés et des haies. Kay avait très peur. Il voulut réciter son Notre Père, mais il ne se rappelait que la table de multiplication.

Les flocons devinrent de plus en plus gros, et à la fin, ils ressemblaient à de grosses poules blanches. Tout à coup, ils s'écartèrent, le grand traîneau s'arrêta, et la personne qui le conduisait se leva : sa fourrure et son bonnet étaient faits de neige pure. C'était une dame, si grande et si droite, d'une blancheur si éclatante : c'était la Reine des neiges.

« Nous avons fait bonne route ! » dit-elle. « Mais quel froid ! Viens te blottir dans ma fourrure d'ours ! » Et elle l'assit près d'elle dans le traîneau et l'enveloppa de sa fourrure. Ce fut comme s'il s'enfonçait dans un tas de neige.

« As-tu encore froid ? » demanda-t-elle, et elle l'embrassa sur le front. Ouh ! Ce baiser était plus froid que la glace, il lui alla droit au cœur, qui était pourtant déjà à moitié un bloc de glace, et Kay crut qu'il allait mourir. Mais cela ne dura qu'un instant, et ensuite cela lui fit du bien. Il ne sentait plus du tout le froid autour de lui.

« Ma luge ! N'oublie pas ma luge ! » Ce fut la première chose à laquelle il pensa. On l'attacha à l'une des poules blanches, qui s'envola derrière eux avec la luge sur le dos. La Reine des neiges embrassa Kay encore une fois, et alors il avait oublié la petite Gerda, et la grand-mère, et tous ceux de la maison.

« Maintenant, tu n'auras plus de baisers ! » dit-elle. « Sinon, mes baisers finiraient par te faire mourir ! »

Kay la regarda. Elle était si belle, il ne pouvait pas imaginer un visage plus intelligent ni plus ravissant. Maintenant, elle ne lui semblait plus faite de glace, comme le soir où elle était dehors devant la fenêtre et lui faisait signe. À ses yeux, elle était parfaite, et il n'avait pas peur du tout. Il lui raconta qu'il savait calculer de tête, et même avec des fractions, qu'il connaissait la superficie des pays et combien ils avaient d'habitants, et elle souriait toujours. Alors il lui sembla que ce qu'il savait n'était tout de même pas assez, et il leva les yeux vers le grand, le grand ciel. Elle s'envola avec lui, haut, tout en haut sur le nuage noir, et la tempête sifflait et grondait, comme si elle chantait de vieilles chansons.

Ils volèrent au-dessus des forêts et des lacs, au-dessus des mers et des pays. En bas sifflait le vent glacé, les loups hurlaient, la neige étincelait, et par-dessus volaient les corneilles noires en criant. Mais tout en haut brillait la lune, si grande et si claire, et Kay la regarda pendant la longue, longue nuit d'hiver. Le jour, il dormait aux pieds de la Reine des neiges.

La partie suivante arrive bientôt.

Vous avez repéré une erreur dans cette histoire ? Dites-le-nous.